L’ASSOCIATION HOMOPHILE DE QUEEN’S

Adresse: 51 Bader Lane

L’Association Homophile de Queen’s (AHQ) a été créé en 1973 afin de fournir un espace de soutien pour les gays et lesbiennes de l’université et combattre les stéréotypes négatifs de l’homosexualité. L’organisation Queer de l’université, qui changea de noms et de formes, a toujours été située dans la Maison Grey. La présence d’un organisme public dans une petite ville comme Kingston fut important autant au niveau politique qu’individuel, augmentant la visibilité des gays et assurant un espace pour l’amitié, le soutien et l’acceptation de soi.

Bien que le début des années 1970 aient vu le nombre d’organisations défendant les droits des homosexuels exploser, dès le départ, l’AHQ ne visait pas à être une organisation politique. Alors que les groupes contemporains tels que l’Association Communautaire Homophile de Toronto (ACHT) et GO (Gays d’Ottawa) mettaient en œuvre une stratégie législative des droits de l’homme, l’objectif principal de l’AHQ était d’éduquer ses membres et la communauté afin que les gays, lesbiennes et bisexuels, qui décideraient d’assumer publiquement leur homosexualité, se sentent en sécurité. D’autre part, l’AHQ s’engagea dans l’activisme des droits homosexuels : en accueillant George Hislop, un militant gay important et fondateur du ACHT, en tant que conférencier à Queen’s; en tenant une collecte de fonds pour les frais juridiques de John Damien, après qu’il a été congédié de son travail à la Commission des courses de l’Ontario, en 1975, «parce qu’il était homosexuel»; en parrainant une conférence nationale en 1976; et en participant à divers réseaux nationaux.

Une série d’événements a conduit à la création de l’Association Homophile. Le 2 Octobre, 1973, une lettre signée par «Trois homophiles du Campus» a paru dans le Journal de Queen’s en réponse à une lettre anti-gay intitulée «Fred Fudpucker», publiée dans le journal d’Ingénierie, section Paroles d’or. Les homophiles exprimèrent leurs préoccupations à propos des attitudes homophobes sur le campus, comprenant des actes de violence physique et d’intimidation, et soulignèrent que «Queen’s est l’une des rares universités de gauche en Amérique du Nord, à ne pas avoir sa propre association homophile.» Les semaines suivantes virent une avalanche de lettres exprimant un éventail d’opinions sur la question. Bien que la majorité des gens soit favorable à l’ouverture d’une organisation défendant les droits homosexuels, des avis publiés dans le Journal de Queen’s discréditaient les “trois” homophiles et leurs sentiments d’aliénation, refusant de reconnaître environnement hostile pour les gays de Queen’s. Néanmoins, à la fin d’Octobre 1973, le groupe homophile fut officiel. Annoncé d’abord par une lettre éditoriale, puis suivie d’un article dans le journal, le groupe encouragea les personnes intéressées à les joindre, à écrire à M. Terry Watson au Victoria Hall ou d’appeler la ligne de soutien pour les homosexuels entre 19h et 23h, du lundi au vendredi. «Terry Watson» était un pseudonyme utilisé par les membres du groupe, homme ou femme. Les organisateurs avaient délibérément choisi un nom sexuellement ambigu, afin de rester ouvert aux deux genres et de montrer que l’AHQ n’était pas une organisation sexiste.

Néanmoins, des divisions importantes entre les sexes se ressentaient depuis la création du groupe. Maureen se souvient avoir appelé la ligne de soutien pour parler à Terry Watson et l’homme qui lui répondit, cru qu’elle lui faisait une blague, «reniant complètement que des femmes homosexuelles pouvaient être intéressés par leurs services.» Maureen explique également qu’elle arrêta de partager son temps entre l’AHQ et le Centre des femmes de Kingston, expliquant que «les gars voulaient des femmes à leurs fêtes juste pour que personne ne découvre qu’ils étaient homosexuels. Nous avions beau être des féministes en herbe, nous ne voulions pas être les personnes qui apportaient la bouffe et le café.» En dépit de ces problèmes, l’AHQ, organisation de petite ville, différait toutefois de celles situées dans les grandes villes, qui connaissaient une forte ségrégation sexuelle, en réponse aux différentes priorités des hommes gays et des lesbiennes de l’époque. En effet, les hommes homosexuels étaient souvent plus enclins à s’organiser contre le contrôle de la sexualité masculine homosexuelle, tandis que les féministes lesbiennes priorisaient les questions de garde d’enfants et de sexisme masculin, y compris celle des hommes gays. À Kingston, la taille réduite de la communauté incita les membres de l’AHQ à ignorer les différences de classe, de genre et de sexualité afin de favoriser les actions partagées. Comme le remarque Dan, «nous avons pensé qu’à Kingston, nous ne pouvions pas vraiment se permettre d’avoir deux mouvements distincts, deux communautés distinctes, nous avions vraiment besoin les uns des autres”.

Le désir d’un groupe intégrant la parité est vraiment né lorsque l’AHQ organisa une conférence nationale, au printemps 1976, sur la participation des femmes dans le mouvement de libération gay. Bien que l’AHQ ait accueilli les hommes comme les femmes à participer, l’AHQ reçu, juste avant la conférence, une lettre de l’Alliance Gay vers l’Égalité (Gay Alliance Toward Equality en anglais – GATE), dont les membres étaient essentiellement des hommes gais, indiquant que leur organisation estimait que «les sujets abordés par la conférence sont des questions qui ne peuvent être discutées que par les femmes homosexuelles et être résolues dans une atmosphère dans laquelle les organisations à prédominance masculine comme GATE ne participeront pas». À la séance plénière d’ouverture, les membres de l’organisation féministe les Wages Due Lesbians de Toronto décidèrent de prendre les choses en main et votèrent une motion pour scinder la conférence. Avec le soutien de tous les participants de sexe masculin, les femmes conclurent de se réunir séparément et de convoquer les hommes, le dimanche après-midi, lors du rapport final. Même si la conférence prit une tournure inattendue, les organisateurs la considérèrent comme un succès étant donné que quarante femmes et cinquante hommes y participèrent. Les participants avait fini par discuter des questions relatives à la participation des femmes dans le mouvement.

Comme le groupe fut fondé par l’université, l’AHQ a, aussi à certains égards, perpétué la division entre la ville et l’université. Bien qu’officiellement ouverte aux gays et lesbiennes extérieur à Queen, l’AHQ n’a pas fait, à ses débuts, de sensibilisation formelle dans l’ensemble de la communauté, se limitant à de la publicité dans le Journal de Queen’s et au bouche à oreille pour atteindre les gays Kingston. Vers le milieu des années 70, le groupe est devenu plus ouvert aux résidents de Kingston, mais les priorités différaient encore. Comme Harvey se souvient, les membres de Kingston «voulaient vivre leur vie homosexuelle à Kingston» et ne voyaient pas l’intérêt d’aller à Toronto pour rencontrer des gens puisque «ce n’était pas où leur vie était». Les étudiants de Queen’s, quant à eux, «ne voyaient Kingston que comme l’endroit où ils étudiaient» et allaient à Ottawa, à Montréal ou à Toronto pour rencontrer d’autres homosexuels.

En 1974, l’AHQ présenta une copie de leur constitution afin d’être reconnu comme une organisation AMS. En automne 1975, l’AHQ obtint un financement de 250 $ et créa des comités pour gérer la publicité, les finances, l’éducation, une petite bibliothèque de ressources et la ligne de soutien. L’AHQ commença à faire plus de sensibilisation communautaire, auprès de nombreuses écoles secondaires, au Collège Saint-Laurent, au pénitencier de sécurité moyenne et durant les cours de psychologie et de médecine à Queen’s. En 1976, le premier bulletin d’information fut publié, et en 1977, l’AHQ organisait des soirées, événements autorisés dans le sous-sol de l’école de droit de Queen’s, tous les mois environ. Il y avait souvent jusqu’à 150 personnes, au moins la moitié était des femmes et les trois quarts d’entre eux venaient de Kingston et d’autres villes, comme Peterborough, Picton, Brockville ou Smith Falls.

Bien que l’AHQ était par moment très dynamique, entre 1973 et 1980, l’organisation vacilla parfois, sa vitalité dépendant souvent de la présence de leaders charismatiques. Durant cette période, l’organisation changea de nom et de dirigeants, connue comme l’Association Lesbiennes, Gays et Bisexuels de 1990 à 1998, elle acquit finalement son nom actuel d’Education on Queer Issues Project (EQuIP). En tant qu’EQuIP, le groupe fut chargé d’organiser la première Semaine de la fierté et de la sensibilisation des lesbiennes, gays et bisexuels sur le campus de Queen’s en Mars 2007. L’association continua d’inviter des conférenciers et organiser des événements de toutes sortes depuis son quartier général à la Maison Grey.

Entre-temps, d’autres groupes Queers apparurent à Kingston pour répondre aux diverses parties de la communauté homosexuelle de la ville. Les Étudiants Queer sur le campus (Queer Students on Campus en anglais – QSOC) servent la communauté étudiante du Collège Saint-Laurent, Womyn Kingston fournit une liste des services aux femmes de la communauté au sens large, le Forum Queer et le site web “Out in Kingston” procure des informations sur les événements Queer de la ville, Kingston Pride organise la parade annuelle et des événements dans la ville durant le mois de Fierté homosexuelle et Reelout organise un festival annuel du film Queer, pour ne nommer que quelques-unes des organisations existantes.

Itinéraire : Gay and Lesbien
Titre : L’Association Homophile de Kingston
Emplacement : La Maison Grey
Ville: Kingston
Période : Après 1950